Edito

LA JEUNESSE EST UN ART ! *

Au cours de cette deuxième édition du Festival Eldorado, il sera éminemment question de désirs. D’amour(s) et de désir(s). À travers la pièce de Marivaux Les Jeux de l’amour et du hasard, dans Aymé(e) Désiré(e) de Julien Chavrial, où les sentiments d’abord légers et subtils acquerront une puissance déchirante. On croyait posséder l’objet de son amour et nous voilà à notre tour possédés. On croyait ne pas aimer et nous voilà amoureux. On est pris, c’est un ravissement. Mais c’est aussi « à la fois un poison et un remède » comme le dit Steve Tesich dans Price. Le désir est l’essence de l’humanité, il accroit notre puissance d’exister. Il nous fait nous sentir vivants. Dans Le Pas de Bême d’Adrien Béal, c’est le désir du Non qui prévaut chez ce jeune adolescent qui décide un beau jour de rendre copie blanche. Qui refuse les règles et qui, en refusant, accroît sa singularité, sa personnalité. Et ce faisant ébranle le système éducatif. Cette pièce nous invite à prêter beaucoup d’attention aux motifs qui font d’un adolescent un être insoumis. Dans une société normative et subtilement tyrannique, laissons aux adolescents leurs pouvoirs contestataires autant que leurs pouvoirs désirants. Comment et pourquoi devient-on qui on est ? Cette question purement nietzschéenne sera la toile de fond du spectacle Les Grands de Fanny de Chaillé. Lorsqu’on se retourne sur notre enfance et notre adolescence, sommes-nous en mesure de comprendre l’adulte que l’on est devenu ? Y a-t-il une forme de logique ? Y a-t-il des successions de hasards ? Autant de questions qui attendent vos réponses. Enfin, en parlant de questions, et en hommage au projet de David Geselson, et de ses Lettres non écrites, je vous livre un extrait d’un auteur certes connu, mais qu’on ne relit pas assez, c’est Rainer Maria Rilke et ses Lettres à une jeune poète. Il dit ceci : « Vous êtes si jeune, si neuf devant les choses, que je voudrais vous prier, autant que je sais le faire, d’être patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre coeur. Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes (…). Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses.

Bon Festival à toutes et à tous !

Rodolphe Dana et toute son équipe

*Oscar Wilde