ANDROMAQUE

JE CRAINS DE ME CONNAÎTRE EN L’ÉTAT OÙ JE SUIS

 

Jean Racine
Lena Paugam

 

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GRECS ET TROYENS – HÉRITAGE – PASSION

Andromaque, drame fou, irrationnel, violent,
qui se joue sur le tombeau d’Hector,
après la Guerre de Troie.
Andromaque, une partition rythmique,
stratégies, manipulations, revirements, mensonges,
comme musique des passions,
une langue au fer rouge.
Andromaque, c’est l’amour qui ne sauve rien ni personne,
le vertige du désir,
le chaos des coeurs.

Lena Paugam a été formée en tant que comédienne au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Dès juillet 2012, membre du collectif Lynceus Théâtre, elle lance à Binic dans les Côtes d’Armor, le Lyncéus Festival, événement estival dédié à la création in situ et aux écritures sous toutes leurs formes. Entre 2013 et 2017, elle réalise un cycle de six créations théâtrales intitulé La crise du désir, dont le Théâtre de Lorient a présenté Et, dans le regard, la tristesse d’un paysage de nuit d’après Marguerite Duras.


Monter Andromaque
Entre 2012 et 2017, j’ai consacré une grande partie de mon travail à l’étude des dramaturgies modernes contemporaines. J’ai notamment travaillé dans le cadre d’un doctorat de Recherche-Création réalisé au sein du dispositif SACRe de l’université Paris Sciences et Lettres. Je m’intéressais tout particulièrement à la question du rapport entre désir et sidération chez Paul Claudel, Samuel Beckett, Marguerite Duras, Lars Norén, Bernard-Marie Koltès et Sigrid Carré Lecoindre. Cette recherche a donné lieu, en plus de ma thèse, à un cycle de création intitulé « La Crise du désir – états de suspension, espaces d’incertitude ».

Au cours de ces dernières années, j’ai été frappée par les multiples correspondances sémantiques qui pouvaient être faites entre le théâtre de Racine et les pièces de mon corpus théâtral. J’ai attendu le bon moment pour me pencher enfin sur la tragédie racinienne. J’y suis. Ça y est. Je plonge dans les profondeurs d’Andromaque et j’écoute la palpitation de ses vers.

Fécondité du désir – Paradoxes de la passion tragique dans Andromaque
« Le théâtre de Racine n’est pas un théâtre d’amour : son sujet est l’usage de la force au sein d’une situation généralement amoureuse (…) : c’est l’ensemble de cette situation que Racine appelle « la violence » : son théâtre est un théâtre de la violence » / R. Barthes – Sur Racine – 1963.
Je m’intéresse au désir en tant que force motrice existentielle. C’est le désir qui pousse chaque être vers son épanouissement. Le désir meut. Il correspond à ce qui en chacun transgresse les ordres établis, dépasse les certitudes, déplace, déterritorialise, dirait Gilles Deleuze, avance et croît. On a coutume de lire Andromaque comme une pièce d’amour. On la résume fréquemment comme un entrelacs de désirs non réciproques : Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector qui est mort. On ne parlera pas ici d’amour mais de la puissance du désir qui prend l’apparence de l’amour. Dans Andromaque, l’amour est un prétexte aux mouvements de la passion désirante. C’est un terme aveuglant qui, une fois prononcé, limite la pensée du mouvement et les mouvements de la pensée. Je voudrais aller plus loin en évacuant pour un temps le terme d’amour, aller chercher plus profondément les données qui justifient le désir des protagonistes du drame. Pour moi, aujourd’hui, ce qu’il y a de passionnant dans Andromaque, c’est l’examen du tâtonnement respectif des quatre héros tragiques que Racine nous présente. Il est ici question d’émancipation. Il s’agit de devenir. Roland Barthes, dans Sur Racine, explique que la pièce traite du passage d’un ordre ancien à un ordre nouveau. Elle expose en effet les composantes existentielles de cette problématique. Chaque héros représente une posture exemplaire dans ce questionnement. Chacun à sa manière, avec les circonstances déterminantes liées à son origine, à son passé, à sa situation, est confronté à la responsabilité de l’écriture de sa propre histoire, et bien sûr, puisqu’il s’agit d’une tragédie classique et que les héros sont rois et reines, princes et princesses, chacun dispose d’un rôle à jouer sur l’échiquier de la grande Histoire dont dépendent les peuples. Ce n’est pas d’amour qu’il s’agira en premier lieu pour Hermione, Oreste, Andromaque et Pyrrhus, mais d’affirmation de soi. Andromaque présente le reflet tragique d’une humanité tourmentée qui a charge de manifester son existence et d’en renouveler la preuve par l’exercice permanent de la liberté. C’est une pièce émancipatoire. Propre à la révolution. Au changement d’ordre. Y palpite le danger propre à l’insurrection. Quand les passions tragiques libèrent l’énergie créatrice propice à la révolution. La psychanalyse avant l’heure. Philosophie de l’Histoire. Modernité d’Andromaque.

L’exercice de la liberté – Andromaque, comme une pièce de révolution
Hermione, Oreste et Pyrrhus sont les héritiers de l’histoire de leurs parents. Quel est le poids du leg ? Comment tuer le passé pour écrire son histoire ? Pyrrhus est assassiné aussi bien pour l’amour d’Andromaque que pour l’amour d’une idée du changement de paradigme. Contre la loi du Père, des pères, contre l’idéologie des systèmes du passé jamais remise en question. L’instant opportun d’Andromaque est celui d’une crise politique, où se décide l’insoumission à l’ordre ancien, où se revendique la liberté d’écrire une histoire nouvelle. Roland Barthes explique qu’Andromaque est la seule pièce de Racine où un héros va jusqu’au bout de son geste émancipatoire et donc révolutionnaire. Même si elle débouche sur sa mort, la révolte de Pyrrhus vis-à-vis de l’hégémonie des rois grecs débouche sur un mouvement de l’Histoire qui va dans le sens des idées qu’il défendait. Racine ne fait pas complètement avorter la révolte du jeune fils d’Achille : Andromaque, issue du clan des Troyens, vaincue, humiliée par les grecs finit couronnée par Pyrrhus, elle est sacrée reine d’Epire soutenue par son peuple.

Lena Paugam

TEXTE Jean Racine
MISE EN SCÈNE Lena Paugam
ASSISTANAT À LA MISE EN SCÈNE, À LA DRAMATURGIE Carla Azoulay-Zerah
INTERPRÉTATION Agathe Bosch, Romain Gillot,David Houri, Basile Lacoeuilhe, Ghislain Lemaire, Lena Paugam, Edith Proust (En cours)
SCÉNOGRAPHIE Olivier Brichet
CRÉATION LUMIÈRES Jennifer Montesantos
CRÉATION SONORE Félix Philippe
CRÉATION COSTUMES Léa Gadbois-Lamer

PRODUCTION Compagnie Alexandre
COPRODUCTION La Passerelle – scène nationale de Saint-Brieuc, Théâtre National de Bretagne – centre dramatique national de Rennes, Théâtre de Lorient – Centre dramatique national , L’Archipel, pôle d’action culturelle Fouesnant-les Glénan, le Quartz – scène nationale de Brest, le Moulin du Roc – scène nationale de Niort, le Théâtre de Rungis.
SOUTIENS Les Bords de scène à Juvisy sur Orge, Adami, Spedidam, Centquatre – Paris
PARTENAIRES Ville de Saint-Brieuc, Conseil départemental des Côtes d’Armor, Région Bretagne
Ce spectacle bénéficie d’une aide à la production du Ministère de la Culture : DRAC de Bretagne et DGCA.