VANISH

Marie Dilasser
Lucie Berelowitsch

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ODE MARITIME – ILLUSIONS – RESSAC

Partir en mer,
disparaître volontairement,
il y a trois sortes d’hommes, disait Aristote,
les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer.
Être de ceux qui vont sur la mer.
Se perdre,
sentir sur son visage le sel et le vent,
être en proie à des hallucinations,
chimères, souvenirs, déferlantes.
Mais sauver son âme.

Lucie Berelowitsch est directrice du Préau CDN de Normandie-Vire. Pour cette création, elle s’entoure des comédiens Guillaume Bachelé, Najda Bourgeois et Rodolphe Poulain, du compositeur Sylvain Jacques et de l’autrice Marie Dilasser. Leurs sources d’inspiration : des voyages en mer avec l’équipe à bord du voilier de Rodolphe Poulain, les journaux de bord de Donald Crowhurst (porté disparu en 1969 durant une course autour du monde), les légendes de Bretagne récoltées par Anatole Le Braz et quelques très bons romans d’aventures en mer des XIXe et XXe siècles.

En partenariat avec Les Aventuriers de la Mer.


Le projet se construit autour de l’histoire de Rodolphe, homme à l’aube de la quarantaine acculée par la vie et qui ne peut concevoir son salut qu’à la suite d’une disparition volontaire. Marin aguerri, il prépare minutieusement son départ à bord d’un voilier. Il laisse à terre sa femme, sa famille, sa vie. Après une nuit accablante de chaleur, cet homme, qui, fort de sa contradiction fuit dans l’espoir d’être retrouvé est témoin d’un phénomène météorologique non-identifié. La côte semble avoir disparu, les champs magnétiques sont perturbés, les instruments de navigation inutilisables. Après plusieurs jours de perditions, la solitude, la déshydratation, le manque de sommeil provoque chez Rodolphe des rêves éveillés.

Aux prises avec ses hallucinations, il nous décrit son nouvel environnement fantasmé ou non, ce monde parallèle, et raconte son histoire, celle qui l’a mené jusqu’ici.
Ce projet traite tout à la fois le voyage en mer, et une réflexion sociale : Quitter tout pour trouver autre chose. Pourquoi certaines personnes dans le monde moderne n’ont plus aucune autre solution que de disparaître de la société qu’on leur a imposée ? Les hallucinations éprouvées par le marin y introduiront une poésie : entre un monde merveilleux imaginaire et des souvenirs de sa femme et de sa vie.

Chercher une langue qui dise l’étendue, la lumière changeante, le ciel changeant, les vents changeants, le bateau qui s’écrase dans le versant de la houle, le corps poussé en avant et en arrière, les mains qui cherchent des points d’accroche, la cloche qui sonne la verticale, la rafale, chercher la langue qui empêche le corps de se mouvoir, qui rend tout geste compliqué, difficile, parfois inutile, trouver l’ordre des mots et des gestes qui doivent aller à l’essentiel, être précis, proches de la chute, de l’échec, la langue qui dérape, qui raconte comment la descente dans la cabine est une descente dans un monde renversé, inversé, chaviré, tourne boulé,  qui met l’océan dans la vessie, les vomis dans le seau, la sieste sur les bancs, faire sentir les orteils brûlés, la manière dont le vent, la houle, le bateau s’apprivoisent à la barre, le bateau comme un prolongement de soi, chercher l’adresse, trouver l’ordre des mots, qui va avec la structure du ciel, de la mer, du bateau, des bruits de grince, de gronde, de clapot, de claquement, de roulis et toutes ses drisses, écoutes, boutes, Cunningham, qu’il faut choquer, étarquer, souquer, pour lofer, pour affaler, pour se mettre boute au vent, sous le vent ou amure quand ça « taouane », et quand ça « taouane », s’approcher au plus près des embruns qui s’abattent dans le col, dans les poches, dans les manches, dans les bottes, sur la tronche, le bonnet et le dauphin qui surgit à bâbord et la barre de nuages noirs à tribord, et le détail qui te sauvera la peau et l’infinie beauté qui te traverse et t’écrase, tenir le cap, les voix dans la VHF, brouillées et les appels à tous, quand tout se met au masculin dans la VHF et quand tout se met au féminin sur le bateau, et enfin trouver le déclencheur, le déclic dans la vie d’un gars, qui quitterait un jour la terre, la vie quotidienne, le confort, la stabilité du sol et des habitudes, pour vivre ça, partir seul sur l’océan, sans être sûr que la chair puisse le supporter, Titouan Lamazou pour son tour du monde en solitaire dit  « faire tapis », quand Bernard Moitessier quitte le tour du monde en solitaire pour sa longue route dit « sauver son âme ». Il y a quelque chose à liquider, il y a une dette, un compte à régler avec soi, mais quelle dette, quel compte à régler, cette dette et ce compte à régler qui pourrait appartenir à n’importe qui…

Marie Dilasser, novembre 2019, en mer, vers Lorient 

 

AVEC Guillaume Bachelé, Nadja Bourgeois, Rodolphe Poulain
MISE EN SCÈNE Lucie Berelowitsch
TEXTE Marie Dilasser, en lien avec l’équipe artistique
COLLABORATION ARTISTIQUE Sylvain Jacques
MUSIQUE Guillaume Bachelé
SCÉNOGRAPHIE Hervé Cherblanc
LUMIÈRE Christian Dubet

PRODUCTION Le Préau, Centre Dramatique National de Normandie-Vire
COPRODUCTION L’Archipel, Granville ; Théâtre de Lorient, Centre dramatique national